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Lettre de Juin 1999
Juin
mardi 1er juin 1999
LA LETTRE De JUIN 99
No : 43
Sommaire :
-Editorial : CSDPTT ne donne pas dans l’afro-pessimisme
– Nouvelles de CSDPTT :
– CSDPTT rencontre ESSOR
– En bref : - Notre projet d’installation du téléphone dans 4 villages de
le
province du Nayala au Burkina Faso,
-CSDPTT
recherche...
– Nouvelles des postes et télécoms dans le monde :
- Un groupe ivoirien obtient une licence en France
- Explosion des mobile sen Egypte (suite...)
- Rien ne va plus pour Iridium
- Scandale au Brésil autour de la privatisation de Telebras
- En bref : France Télécom Sur l’international, Cameroun, Congo.
– Articles :
- trois réfléxions sur les lenteurs du développement d’Internet au Mali.
- On a assassiné l’hippopotame sacré ; réfléxion sur le Mali
CSDPTT ne donne pas dans l’afro-pessimisme
L’afro-pessimisme est cette espèce de lithanie récurrente qui présente la
situation africaine comme inéluctable, sans espoir et dont le corollaire
est évidemment que les africains ne peuvent s’en sortir seuls et donc
qu’ils ont besoin d’aide. Une aide d’ailleurs qui apparaît, pour peu que
l’on fasse preuve de perspicacité, comme un formidable moyen de
subventionner les entreprises des pays qui fournissent l’aide.
Nous avons déjà témoigné et le feront encore des collaborations que nous
engageons avec des membres du personnel de la Poste et des
Télécommunications, qui nous encouragent dans notre activité. Nous
rencontrons, des gens sérieux, attachés au service public, mobilisés,
disponibles et de plus souvent très créatifs. Que l’on ne nous croit pas
non plus naïfs. Nous avons fait l’expérience d’interlocuteurs peu sérieux
et de mauvaise foi que nous aurons la pudeur de ne pas citer. Nous savons
nous faire respecter à l’occasion. Mais cela ne suffit pas à nous rendre
afro-pessimistes.
Ce numéro voudrait contribuer à sortir du débat franco-français, la
véritable source de l’afro-pessimisme pour donner la parole au maliens à
qui on la donne trop peu.
Dommage, si on le faisait plus, on verrait alors que les idées, les
ressources et les énergies existent.
Bruno Jaffré
CSDPTT rencontre ESSOR
Cette association basée à Castanet -Tolosan, tout prêt de Toulouse, uvre
pour un développement durable de la coopération Nord-Sud notamment en
soutenant la création de filières professionnelles dans les domaines du
bâtiment, de l’environnement et de l’agriculture. Elle est présente en
Guinée et Zimbabwe. Sur le terrain ses interventions se traduisent par de
la formation, la mise en place de structures professionnelles et la
pérennisation par l’aide à l’autonomie, tout cela en relation avec les
acteurs locaux bien évidemment. Pour sensibiliser le public de la région
Essor organise chaque année une semaine africaine basée sur des actions
en directions des écoles, des expos, des rencontres, des spectacles, la
projection de films et une soirée festive pour clôturer le tout. Le
souhait de l’association et de beaucoup d’autres en Midi-Pyrénées est de
mieux se connaître mutuellement et pourquoi pas échanger des compétences,
ce qui correspond à notre philosophie. Nos domaines d’actions sont
différents mais nécessitent du téléphone, des moyens informatiques, des
conseils et de la formation en ces techniques, tout un travail qui peut
représenter une aide indirecte au développement, point de convergence de
nos activités.
En bref
- Notre projet d’installation du téléphone dans 4 villages de le
province du Nayala au Burkina Faso est activement préparé par CSDPTT
Nice. Les contacts se multiplient avec nos correspondant sur place, les
derniers obstacles administratifs semblent être levés et les démarches
sont en cours pour envoyer le matériel.
- CSDPTT recherche des renseignements sur le TNE 4G, matériel de
transmission qui n’a pas été ou peu utilisé en France pour notrre
correspondante en Guinée Mme Fofana Fatoumata. Toutes les infos nous
seront utiles. Contacter Philippe Darrouy au 05 61 11 65 70 ou par fax au
05 61 63 70 94 ou manifestez-vous sur notre site internet. Merci.
- Un forum de discussion vient d’ouvrir sur le site de CSDPTT (voir
adresse ci-dessus) avec pour thème, les ONG dans le monde des télécoms.
Venez y appporter votre point de vue.
- CSDPTT était invitée à une prise de contact entre le tout nouvel
ambassadeur du Burkina Faso et les ONG françaises intervenants dans ce
pays. Notre représentant y est intervenu exprimant la nécessité de
prendre en compte les moyens de communication dans le développement
rural.
Un groupe ivoirien obtient une licence en France
La société Afripa Télécom, basée à Abidjan a obtenu en mars une licence
complète pour exploiter un réseau de télécommunications par satellites,
ouvert au public dans la région Ile de France. Cette licence lui permet
par ailleurs de fournir un service téléphonique sur l’ensemble du
territoire métropolitain. Cette société est dirigée par M. Diakité Louis
qui détient 85% du capital de la société, le reste étant aux mains de la
banque britannique Hongkong & Shangai Bank Group.
La société compte dans un premier temps offrir des services carrier vers
carrier, avant d’attaquer le marché des entreprises via un préfixe 16XY
demandé à l’ART, puis le marché grand public par la vente de cartes
prépayées sous la marque Kuma ( " parole " en bambara).
Elle souhaite selon son directeur " draîner le maximum de trafic d’Europe
et des USA vers l’Afrique et prévoit d’autres points de passage en
Europe " ceux-ci étant reliés par des liaisons louées à la station
terrienne de Lognes.
Afripa (Africa Productive Association) devrait par ailleurs
expérimenter la voix sur IP, via les satellites entre la France et la
Côte d’Ivoire.
Afripa Télécom est déjà présente en Côte d’Ivoire, au Mali, au Ghana, en
Afrique du Sud, au Bénin et au Niger où elle co-exploite avec la Sonitel
un réseau cellulaire.
Explosion des mobile sen Egypte (suite...)
L’Egypte est en train de vivre une véritable révolution dans
l’organisation de ses télécommunications, avec une rapidité surprenante.
Ce bouleversement comporte trois volets : augmentation du nombre de
lignes téléphoniques disponibles et amélioration du réseau, privatisation
et surtout explosion de la téléphonie mobile. 5 millions de lignes
téléphoniques en 5 ans, pour faire passer le taux de pénétration de 4,8 %
actuellement à 12 %. C’est dans ce cadre que la société NEC livrera
500000 nouvelles lignes sur 5 ans.
Parallèlement, le projet "Golden Pyramid" qui associe l’américain Lucent
Technologies à Egypt permettra l’ouverture de 700 000 lignes. Le groupe
suédois Ericsson n’est pas en reste puisqu’il vient de signer un contrat
de 30 millions de dollars pour moderniser l’équipement du Caire
d’Alexandrie et d’une partie du delta du Nil. Siemens est aussi de la
partie puisque la société allemande a pris la majorité de l’entreprise
Egyptian German Telecommunications Industries qui fabrique des centraux
pour téléphones cellulaires.
A ce propos dans le numéro 30 de CSDPTT (avril 98) nous vous faisions
part de l’apparition du consortium MOBILNIL et de l’acquisition de 70 %
du capital par France Télécom en partenariat avec Motorola et 3
compagnies égyptiennes Orascom, Systel et Ahram pour l’exploitation d’une
licence de téléphonie mobile.
Dix mois après son lancement Mobilnil a passé le cap des 200 000 abonnés
devançant largement la compagnie Click majoritairement détenue par un
consortium international dominé par Vodafone et Air Touch Communication.
Les 2 sociétés tablent sur un total de 3 à 4 millions d’abonnés d’ici à 5
ans.
Côté réseau le gouvernement égyptien a l’intention, avec l’aide de l’ONU,
de mettre en place des centres d’accès gratuits un peu partout dans la
pays, et en direction des populations les plus défavorisées. M.Cherif
Kamel, Directeur de l’Institut régional pour les technologies de
l’information annonce que grâce à ces centres " il y aura 1 million
d’internautes en Egypte dans dix ans".
Telecom Egypt anciennement Arento (Arab republic of Egypt National
Telecomunication Organization) a annoncé le 30 mars la signature d’un
accord pour acquérir des capacités sur le réseau global sous-marin de
Project Oxygen. Telecom Egypt, en tant que partenaire terrestre, sera
responsable de la transmission du trafic entre son réseau domestique et
le réseau Oxygen. L’opérateur historique offrira également à Project
Oxygn des points de présence à Port Saïd, Suez et Alexandrie.
Rien ne va plus pour Iridium
Iridium avait déjà négocié fin mars un moratoire de 60 jours avec ses
banques créancières portant sur un montant de 800 millions de dollars. La
condition étant que le projet atteigne 27000 abonnés fin mai ce qui n’a
pu être réalisé. Un nouveau sursis de 30 jours a cependant été obtenu fin
mai.
Ces difficultés avaient déjà entraîné en mars la démission du PDG et du
directeur financier du projet.
Le Chiffre d’affaire réalisé le premier trimestre de 1,45 million de
dollars est très inférieur aux 4 millions qu’Iridium s’étaient engagé à
réaliser en décembre. Ce qui constitue une perte de 500 millions de
dollars. Sa dette totale atteindrait environ 3 milliards de dollars pour
un investissement de 4 milliards. Rappelons qu’Iridium a lancé 66
satellites (il en était prévu initialement 77) afin de pouvoir offrir un
service de téléphone mobile par satellites dans 200 pays. Iridium vise
une clientèle composée uniquement d’hommes d’affaire et les prix des
communications atteignent de 3 à 5 dollars. C’est deux fois et demi plus
cher que son principal concurrent Globalstar qui annonce d’autre part que
ses terminaux seront vendus 3 fois moins chers (environ 6000FF) et dont
le lancement est prévu pour la fin de l’année.
Ces difficultés sont d’autant plus graves que les satellites d’Iridium
n’ont une durée de vie que de 5 ans contre 9 ans pour ceux de Globalstar.
Il n’empêche, l’échec du premier système mis en service inquiète les
concurrents dont la commercialisation est prévue bientôt.
Scandale au Brésil autour de la privatisation de Telebras
Le scandale lié à la privatisation de Télébras, la compagnie de
télécommunications brésiliennes, présentée comme la plus importante
opération de privatisation du monde en 1998 ne semble pas pourvoir être
étouffé. Cette privatisation avait en son temps entraîné de fortes
protestations de l’opposition qui avait même organisé des manifestations
de rue. Le syndicats dénonçaient de graves irrégularités tandis que
l’opposition politique accusait le président de vouloir constituer une
caisse noire à la veille des élections.
Depuis le ministre de la Communication de l’époque M. Luiz Carlos
Mendonça de Barros et de 4 autres hauts fonctionnaires. Mais l’affaire
vient de rebondir par la publication dans un journal brésilien d’attaques
contre le Président Fernando Henriqué Cardoso lui-même. Il aurait
personnellement accepté que des pressions soient faites en son nom sur
les acquéreurs potentiels. Les représentants de l’opposition
parlementaire viennent donc de demander l’ouverture d’une enquête
concernant la privatisation de Telebras.
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En bref
Le chiffre d’affaire de France Télécom a augmenté de 8,7%. Sur
l’international il a augmenté de 45% grâce au téléphone fixe (+1,2
millions de lignes dont 420000 en Espagne) et aux mobiles (+1,9 millions
de d’abonnés).
France Câble et Radio, filiale de France Télécom a emporté l’appel
d’offre pour une deuxième licence de téléphonie mobile au Cameroun. FCR
était en concurrence avec un groupe britannique l’opérateur public
Camtel, en voie de privatisation, détenait le monopole des communications
mobiles
La guerre civile au Congo a détruit en grande partie le réseau
téléphonique de ce pays. On en compterait plus que 1000 abonnés dans
Brazzaville, la capitale, aujourd’hui contre 15000 auparavant. Le réseau
ne fonctionnerait plus dans les quartiers sur de la capitale ainsi que
dans les régions du Pool, de la Bnouenza, du Niari et de la Lekoumou.
_____________________________
Nous vous livrons ci-dessous des réfléxions sur les lenteurs du
développement d’Internet au Mali. Elles sont extraites du forum de
discussion Malilink
La
Rédaction.
Suite a cette première fête de l’Internet au Mali voici quelques
réflexions :
1. Les étudiants au Mali (et a plus forte raison, les élèves) ne
connaissent pas l’ordinateur (et à plus forte raison, l’Internet).
2. La majeure partie du corps enseignant le connaît encore moins et
oppose une ’résistance inertielle’ de facto à l’introduction de l’outil
informatique dans les formations.
3. La minorité de chercheurs et d’enseignants bénéficiant d’un accès
privilégié aux ressources informatiques exerce un monopole de ce
privilège et contribue peu à la transmission de leur savoir-faire en la
matière.
4. Le principal obstacle à l’utilisation des ordinateurs par les élèves
et étudiants est le coût élevé du matériel.
5. La taxation à l’importation du matériel informatique (considéré comme
un produit de luxe semble-t-il) est un facteur majeur d’accroissement du
coût du matériel à son arrivée sur le marché local.
Si le point v est exact il y a lieu d’amener le gouvernement à considérer
cet état de fait comme une entrave majeure au progrès du pays. La levée
d’une telle taxe à l’importation constituerait un premier point dans la
promotion de l’accès à l’informatique.
Egalement, une politique active de promotion de l’informatique au travers
d’une modification du système des bourses étudiantes doit être très
sérieusement envisagée. Une partie de la bourse peut être bloquée et
seulement libérable à des fins d’acquisition de matériel informatique.
En désordre : J’estime le taux de computer-literacy parmi les élèves et
étudiants bamakois à 0.5%. Des étudiants de l’E.N.I. ayant suivi des
cours de programmation pendant 6 mois ne sont pas capables de coder 10
lignes en C pour transformer un fichier binaire en fichier texte. Cause :
ils ne touchent jamais à une machine et apprennent au tableau noir. Deux
jeunes filles de 12/13 ans (en 7eme année avec des notes moyennes a
l’école) ont appris en 2 mois à dresser une carte numérique des tas
d’ordures du secteur 1 de Hamdallaye à partir de mesures GPS. Le GPS, ses
concepts (précision, rapport signal/bruit, géométrie de mesure) et
utilitaires de traitement associés ont été assimiles en même temps que
Windows95. Cause : elles ont accès à ce laptop.
Le dénominateur commun ? Pas assez d’ordinateurs entre les mains des
jeunes. Pas assez d’enseignants formés et motivés pour l’introduction de
l’outil.
2 solutions :
1. Le gouvernement doit tout faire pour forcer une chute des prix du
matériel informatique. Une politique douanière efficace et de subventions
diverses, possible quant on connaît le crédit dont dispose le Mali auprès
des bailleurs de fonds, permettrait peut-être de diminuer le coût du
matériel en question par un facteur de 3 sur le marché local. Cela vous
parait énorme ? Cela me paraît possible. Il faut sûrement une décision
politique pour cela. Si des Malinautes peuvent en savoir plus sur la
politique de promotion de l’informatique au Ghana, peut-être cela
pourrait-il aider.
2. Former le corps enseignant actuel à l’utilisation et à la
vulgarisation de l’outil informatique est probablement un objectif hors
d’atteinte pour une multitude de raisons. Il ne nous reste qu’à nous
obliger, en tant qu’individus, à partager notre savoir-faire avec les
jeunes de notre entourage immédiat. Si ces derniers ont, d’ici quelques
années, accès au matériel bon marché grâce au point 1, ils sauront à leur
tour faire de même.
Sibiry
Traoré
Bonjour Messieurs Permettez-moi d’apporter ma petite contribution à cette
discussion :
Je pense qu’il ne faut pas trop attendre du corps enseignant non
spécialisé dans le domaine. C’est plutôt à ceux dont c’est la tâche de
concevoir notre école et aux spécialistes de l’informatique, de proposer
des solutions à l’introduction de l’ordinateur dans nos écoles. Bien
entendu toutes les bonnes volontés sont les bienvenues.
La ’résistance inertielle’ de facto à l’introduction de l’outil
informatique et l’exercice d’un monopole du privilège d’accès aux
ressources informatiques ne sont malheureusement pas une exclusivité des
informaticiens et enseignants. C’est un phénomène général, un mauvais
réflexe de survie de gens médiocres, excusez-moi du terme.
On ne pourra venir à bout de ce phénomène que par la démystification et
la vulgarisation. La création d’une filière Informatique à l’ENI par
exemple serait un grand pas pour la formation des enseignants et
professionnelles du domaine. Quant au coût du matériel il ne faut pas
aller jusqu’au Ghana. Au Sénégal, à côté, il n’y a plus de taxe douanière
sur les le matériel informatique. Si nos dirigeants ne prennent pas les
devants, il faut espérer que les événements les rattraperont. Souhaitons
une harmonisation des lois dans le bon sens, avec l’union économique et
douanière en cours dans l’UEMOA.
Abdourahmane
MAIGA
Attention !!! A mon avis la meilleur façon n’est pas de libéraliser (sans
taxe) l’importation d’ordinateurs. Ce cas peut être vrai pour les écoles
on peut cependant là aussi s’inspirer d’autres modèles qui ont fait leur
preuves ailleurs. En effet Lorsque la Corée du Sud a décidé de donner à
une société étrangère le contrat de construire les chemins de fer, elle a
obligé la compagnie GEC-ALSTHOM à construire les trains en Corée et à
utiliser la main d’oeuvre Sud Coréenne. Il y a eu dans ce cas là ce que
l’on appelle transfert de technologie.
Alors pourquoi le Mali ne peut pas se mettre avec d’autre pays voisin
pour lancer un appel d’offre international sur des milliers d’ordinateurs
pour la fonction publique, les écoles, les universités etc... mais à
conditions de monter ses ordinateurs sur place avec des techniciens
locaux. Il faudrait favoriser l’implantation de compagnies informatiques
au Mali. Il faudrait faire de telle sorte que le Mali devienne la voie
d’entrée pour le reste de l’Afrique de L’ouest. Il faut bien sûr des gens
bien formés mais on peut trouver des solutions à cela en donnant des bons
crédit d’impôts aux entreprises qui viennent s’installer pour monter des
ordinateurs on peut même penser à des crédits à l’export vers d’autres
pays Africains. Bref il faut penser comme l’ont fait les Asiatiques dans
le temps. Je suis d’accord qu’il y a carence de cadres compétents mais on
peut former en deux ans un bon nombre de techniciens supérieurs niveau
DUT (Le cycle de ENI est trop long et pas forcement adapté) à monter des
ordinateurs pour les pays sous-développés pas trop chers (il n’est pas
dit qu’il faut avoir le dernier IBM pour être efficient) et surtout
simple. Et Avec le temps nous adapterons les ordinateurs a l’évolution de
nos marchés.
La première décision est politique et c’est le gouvernement Malien qui
doit prouver qu’il veut que le Mali soit le premier Lion D’Afrique (en
référence au tigre de l’Asie). Ce que je dis là n’est pas nouveau c’est
ce que Mr. Diouf Ministre sénégalais de L’industrie est venu dire aux
gens de Microsoft a Seattle. Il ne faut pas nous donner des ordinateurs
il faut nous transférer la technologie pour fabriquer et vendre. Je vous
assure qu’il y aura un engouement pour le domaine de la technologie même
au Mali.
amadou
Marcel Blondin Beye
Engagés au Mali sur plusieurs projets, nous sommes, à CSDPTT, très
intéressés, comme nos lecteurs par toute analyse pertinente sur les
difficultés rencontrés par ce pays, à même de nous faire comprendre les
blocages éventuelles et de les contourner ? Cette parole malienne
ci-dessous que nous vous livrons nous paraît trop intéressante pour
rester confidentielle.
La Rédaction.
_________________
On a assassiné l’hippopotame sacré
aw bEE ni ce, mAlilinkimOgOw ! aw bE hEErE la wa ? maa k’o nOgOya an’ bEE
ye ! (amiina !)
En Mars-Avril (1999), j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs de nos
parents au Mali - femmes et hommes, petits et grands, fameux et moins
fameux, riches et pauvres - pour de longues discussions. Je cherchais à
approfondir mes opinions sur certaines questions économiques et
socioculturelles afin de mieux élaborer le programme d’intervention de la
Commission Société et Economie de l’Initiative mAliWatch. Encore plus
que par le passe, j’ai été amené a poser un regard très inquisiteur sur
le rôle de l’intelligentsia chez nous. Je déduis de l’expérience que nous
sommes, globalement, en train d’assassiner notre futur au Mali ; sinon
notre pays tout entier, l’Hippopotame Sacré lui-même ! Des faits récents
étaient révélateurs, en effet !
D’abord, il est très visible que les "instruits", "gens de bureaux"
et
"demi-sel" —pour emprunter des expressions locales— opèrent selon une
mentalité de prédateurs, pour la plupart. Le réflexe de déconnexion par
rapport aux valeurs socioculturelles et aux réalités du pays est tout
aussi vif qu’au temps du régime militaire dictatorial. On s’est approprié
les nouveaux espaces et modes d’expression démocratiques plus pour du
bluff politique, ou de la jouissance personnelle, que pour un travail de
développement économique réel.
A ce titre, j’ai trouvé en les syndicats des différents ordres
d’enseignement et les leaders des groupes d’étudiants de "beaux
exemples". Voulant m’informer des options qu’ils préconisent pour en
finir avec la dérive de l’Ecole Malienne, je n’ai récolte, en fait, que
"la solution" suivante : L’Etat doit payer plus de primes, plus de
salaires et plus de bourses. Les "instruits" veulent du franc CFA ;
l’Etat est la vache laitière qui doit donner jusqu’au sang, et le Mali
n’existe pas au delà de la classe des "gens de bureaux" ou de ceux qui
prétendent en faire partie (scolaires, partants volontaires, diplômés
sans emploi, retraites).
En leur demandant ce qu’ils offrent en contrepartie a l’Etat, mes
interlocuteurs ont justifié leurs limites par les mauvaises conditions de
travail et d’étude. Aucun de ces maîtres et professeurs-syndicalistes
n’avait écrit ou publié un article au cours des cinq dernières années.
Aucun des scolaires n’avait obtenu 12/20 de moyenne générale, y compris
le plus âgé, qui est encore lycéen a 27 ans. L’analyse des élèves et
étudiants est que les diplômes ne servent pas a grand’ chose au Mali ;
que le népotisme est ce qui marche ; que la bourse est meilleure à
l’incertitude d’un revenu hypothétique, et médiocre de toutes les façons.
Coté Etat, j’ai trouvé que les initiatives sont multiples, bien pensées
(sur papier) et que l’intention de changement est réelle. Les
responsables administratifs connaissent les problèmes à fond, surtout
dans les régions. Mais, ils ne sont pas nombreux ceux qui proposent des
solutions, malgré qu’il y ait des approches astucieuses en cours, ou même
audacieuses ici et là. Les documents des différents programmes décennaux
sont remarquables, à ce titre.
Là ou le bat blesse, c’est dans le manque de stratégie d’ensemble et
surtout la confiscation systématique de l’information politique et
administrative, même la plus anodine. Par exemple, sur mille lettres
(très simples) expédiées ou déposées auprès de notre administration par
mAliWatch en un an (1998-99), seules quarante-huit ont été répondues,
dont onze de façon verbale. Certains services publics n’auraient même
pas de budget pour le courrier, à ce qu’on m’a dit. C’est le planton ou
rien !
"Les services publics fonctionnent comme des ânes débridés ; chacun tire
dans une direction et pas nécessairement sa propre charrette", m’a dit un
industriel de la place. En effet, des études, évaluations et rapports
solides dorment partout en quantités incroyables et éparses, logés qu’ils
sont dans des tiroirs ou des armoires croulants. On les découvre
seulement au hasard des visites dans les services. Ou bien, ils sont
entreposés dans des bureaux dont on ne rencontre, par exemple, pas
l’occupant après onze coups de fil et quatre messages écrits laissés au
secrétariat en une semaine — je parle d’expérience ! Cet état des choses
conduit à des efforts inouïs de programmation pour achever très peu de
résultats, à des coûts de gestion inutilement élevés, à une forte perte
de temps, d’efficacité et de productivité, et pire, à une démoralisation
collective et criminelle.
Au Mali, l’Etat est le premier ennemi de la/sa réussite ; il tient les
populations soit dans un black-out inconsidéré, soit dans une cacophonie
brutale. L’information utile et véritable se perd ainsi. Elle n’est
presque jamais acquise et intériorisée par les citoyennes et citoyens ;
il faut alors continuellement "réinventer la roue". De plus, il faudrait
vite admettre et corriger la défaillance économique structurelle de
taille qu’est la grille des salaires. Lorsque le travail public ne
nourrit pas son homme, que les banques préfèrent jouer aux usurières a
l’endroit du secteur privé, que le financement officiel local est
presque’ inexistant, il faut alors reconnaître que l’Etat encourage
pratiquement le crime "bureaucratise". Je suis allé à trois marchés
avec
un ami médecin pour comparer les prix ; 45% de son salaire sont allés à
l’achat d’un sac de riz de cent kg. Il est chef de famille, à la
malienne.
Le troisième niveau de décision, qui contribue à l’assassinat de notre
Hippopotame Sacré, est celui de tous ces "experts d’une saison",
"consultants", "spécialistes de l’Afrique" et autres "visiteurs
aux gros
yeux". Ils circulent d’hôtels à ministères, regardent beaucoup, mais ils
ne voient presque rien et comprennent tout de travers, parce qu’équipés
de modèles ou standards non issus du terrain malien. Beaucoup transitent
par notre pays pour se faire la poche surtout - certains ont l’honnêteté
de le dire - et, accessoirement, pour se piquer a un peu d’exotisme. Au
Relax, j’en ai rencontré un qui proposait la réalisation d’un CD-ROM a un
de nos ministères, à trois cents millions de FCFA ! (Il a eu l’audace de
vouloir me "coopter", après. J’ai pris ses coordonnées ; puis, j’ai
appelé trente-huit fois le ministère en question pour pouvoir donner mon
point de vue au ministre même).
Une semaine a Mowti et a Sanga, les voilà qui ont été "en Afrique",
connaissent les solutions a tous les problèmes existant "en Afrique
Noire", publient des séries d’articles sur les "tribus des bamananw qui
marchent a reculons", donnent des interviews et conférences, écrivent des
livres sinistres sur "the dark continent", créent des sites internet avec
photos misérabilistes, ou pire se retrouvent à enseigner des "cours
d’économie du développement" dans les universités d’Europe, d’Amérique ou
d’ Asie. Ce sont eux qui, en général, sont les personnes ressources et
évaluateurs des organismes de financement, des groupes de recherches, des
lobbies, des institutions régionales ou de presses spécialisées.
En deux ans de séjour au Mali, mes cinq amis du Peace Corps ont sûrement
fait plus pour notre pays que la totalité de ces "experts" là ayant, par
exemple, transité par l’Hôtel de l’Amitié depuis l’Indépendance.
Pourtant, on ne saurait négliger leur impact néfaste. N’est-ce pas eux
qui classent le Mali comme "humainement sous-développé" et poussent le
reste du monde à tenir ce discours absurde, même si les rapports humains
sont beaucoup plus sains chez nous que chez eux ? Oui, le nombre de
cabines téléphoniques par ville est plus un meilleur indicateur du
développement humain d’un pays que le nombre de vieilles personnes
totalement intégrées a la vie familiale ; n’est-ce pas ?
Ensuite, il y a le cas de toutes nos générations de "Maliens", qui
ruinent, on ne peut plus, les perspectives de réussite collective dans
notre pays.
Exclus après des échecs au CEP, au DEF ou au BAC, mais instruits des
modèles de vie CMLN et UDPM, ces "Maliens" sont la grande masse des
"francophones" chez nous. Le français, comme langue officielle, est leur
atout et aussi leur premier complice en tous crimes. Eux sont plus ou
moins familiers avec cet outil de travail de l’Etat ; les autres citoyens
pas ! bAmAkOO est leur paradis ; c’est le théâtre de toutes les
magouilles, de toutes les manipulations et de toutes les alliances contre
nature.
On baragouine du français ; on est "instruit" ; on est "éduqué" et
donc, on
peut abuser des maliens au grand jour ! Ainsi, on peut falsifier, par
exemple, les documents de pensions de veuves analphabètes (en français,
mais pas en bamanankan ou en arabe) pour se faire de l’argent. On se
fait transitaire, contrôleur, ou homme d’affaires pour dépouiller des
commerçants de leurs marchandises à la gare RCFM. On se fait secrétaire
de mairie, tente d’exproprier un résidant de la Commune VI de son terrain
d’habitation, puis, on vend et revend la même parcelle à huit personnes.
On imite cachets et signatures de responsables officiels et on fait payer
des taxes imaginaires à des villageois autour de kUlUkOrO. On se fait
sage-femme à koro après une année a l’ENMP et on demande des paiements en
bijoux d’or pour des "interventions d’urgence". Gendarme ou policier, on
fait payer mille à cinq mille FCFA aux taxis et camions du bElEdugu à la
sortie de kAtI. La liste n’en finit pas ! C’est le culte du gain facile ;
cet héritage est simplement désastreux sur tous les plans !
Enfin, le cercle des assassins de l’Hippopotame Sacré le plus à blâmer,
j’ai trouvé, est le nôtre. Maliens et "Maliens" de naissance ou
d’adoption, nous sommes ! En formation ou formés à toutes sortes de
disciplines, nous sommes ! Habitués à des modes de gestion de ressources,
à des schémas d’organisation et de production plus techniques, nous
sommes ! Eléments de l’intelligentsia/élite malienne, ou de ce qui en
tient lieu - pour le meilleur et pour le pire - nous sommes ! Capables de
porter le discours, la critique, la programmation, l’exécution,
l’évaluation et l’information sur le terrain auprès de nos communautés,
en même temps que sur tous les fora nationaux et internationaux, nous
sommes ! Conscients du retard économique de notre pays, nous sommes ! Au
courant des enjeux de la globalisation et de la révolution informatique,
nous sommes !
Alors, comment pouvons-nous ne pas apprécier l’urgence que c’est, pour
nous, d’apprendre à connaître vraiment le terrain malien et à nous y
investir ? Qu’est-ce qui justifie cette sorte d’indifférence, de
fatalisme, d’ignorance ou de négativisme, qui fait que nous laissons à
d’autres personnes - finalement moins compétentes et moins concernées -
le choix d’assurer ou non la survie de notre Hippopotame Sacré ? Nous
sommes coupables de laisser-aller, et c’est inacceptable pour qui a
vécu/visité le Mali (au moins depuis 1996). Le pays bouge et fait malgré
tout des progrès indéniables. L’Hippopotame Sacré tente de se dresser
sur ses pattes et de courir au jolibaa nourricier à nouveau. C’est le
moment d’aider a panser ses plaies et non de l’insulter dans sa dignité,
comme nous le faisons.
Vous voulez un exemple d’insulte ? C’était la série de réponses
approximatives ou erronées qui circulait récemment sur mAliLink, quant à
la signification des couleurs de notre drapeau. Il apparaît que nous ne
savons pas cette toute première indication de civisme et de patriotisme ;
alors que nos Pères de l’Indépendance vivent encore et peuvent nous
renseigner. Une lettre, un coup de fil, un fax, un tour aux archives ou
à la bibliothèque, un e-mail, et l’intellectuel(le) en chacun(e) de nous
honorerait la mémoire de tous nos Ancêtres et les sacrifices consentis
pour notre éducation. Mais, nous nous contentons de demi-réponses, comme
des analphabètes désemparés ! Ne sommes-nous pas en train de nous damner
ainsi ?
yAfAnyini bE nI kAn, wa k’an’ bEn !
(Mes excuses pour toute offense éventuelle, et a plus tard !)
IbA njayi (Iba N’Diaye) professeur d’histoire
Moi-même inscrit sur la liste de discussion Malilink j’avais fait part à
Iba de mon grand intérêt pour cette analyse et je lui avais écrit :
" J’ai été particulièrement intéressé par la pertinence de votre analyse
sur la situation malienne d’ailleurs transposable chez certains voisins
mais permettez-moi d’ajouter un grain d’optimisme. Plusieurs de adhérents
de CSDPTT reviennent d’une mission au Mali. Ils nous ont certes fait part
d’importantes difficultés. Mais ils ont témoigné de l’engagement dans
leur métier de la plupart des personnes rencontrées dans les centres de
province, au sein de la poste ou de la SOTELMA, et de leurs efforts pour
faire fonctionner le service public malgré le manque de moyens. Et
surtout ils faisaient preuve d’une très grande créativité par la
richesses des propositions qu’ils avançaient pour faire avancer les
choses. "
BJ