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Lettre de Juillet 1998
Juillet
mercredi 1er juillet 1998
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La Lettre de JUILLET 1998
No : 33
Sommaire :
- Editorial : de la concurrence et du service public
- Mission CSDPTT au Burkina.
- Laurent Siré Kinta nous écrit
- Courrier : à prix de l’abonnement payant
- Privatisation en Ouganda
- Internet au Burkina
- Iridium lancement imminent
- En bref Sénégal, Gabon, CI-Telcom, Skybridge, l’Albanie,
territoires
palestiniens
- Elections municipales au Mali
- Interview de Benoit Dumoulin Président de Globenet ?
Editorial : De la concurrence et du service public :
Offrir l’accès Internet aux écoles n’est-ce pas l’exemple type d’un
service public ?
Ainsi courant mars, à la demande du ministère de l’Education, France
Télécom fait une offre pour connecter les établissements scolaires à
Internet. Tarif : 3200 FF TTC pour une durée de 380 heures par an pour 15
ordinateurs, raccordement et accès compris. L’offre est alors acceptée
par le ministère mais dénoncée par l’ART, l’agence de régulation des
télécommunications, et le Conseil Européen de la concurrence comme
anticoncurrentielle.
France Télécom vient donc de proposer une nouvelle offre. Nouveau tarif :
4890FF pour 15 ordinateurs et 380 heures par an, soit un surcoût de près
de 50%. L’offre précédente permettait selon les commentateurs au
ministère de l’Education Nationale de d’économiser plusieurs millions de
francs. Résultat, pour les bienfaits de la concurrence, les
contribuables vont donc être priés de mettre la main au portefeuille à
moins que le projet ambitieux de l’éducation nationale soit revue à la
baisse !
Nulle doute que dans un avenir proche l’accès des écoles à Internet sera
un objectif aussi pour l’Afrique. D’ici là, le modèle imposé par
l’occident, privatisation et concurrence dans les télécoms, à coup de
chantage aux prêts du FMI aura atteint toute l’Afrique. Assisterons-nous,
sous prétexte de faire vivre les concurrents de l’ancien monopole public
à de telles surrenchères ?
Bruno Jaffré
Mission CSDPTT au Burkina.
Alain B. dont nous avons évoqué la mission au Burkina dans le dernier
numéro est de retour. Il a pu loger dans les chambres de passage de
l’ONATEL et a ainsi pu rencontrer de nombreux agents ou cadres de
l’entreprise avec qui les échanges amicaux ont été nombreux.
Concernant le projet de téléphonie rurale, le choix des villages a été
définitivement adopté. Il s’agit de Koen, Biba, Yaba et Nimina. Alain B.
a pu se rendre sur les lieux en compagnie de M. André Nyamba, professeur
de sociologie à l’université de Ougadougou, qui collabore avec nous
notamment dans l’approche des populations et le chef de centre de
Koudougou. Les autorités villageoises leur ont faire part de leur
disponibilité. Une convention a été élaborée entre l’ONATEL, CSDPTT qui
stipule le rôle des différents intervenants dont les populations. Elle
prévoit notamment une implication forte de l’ONATEL qui prend en charge
la fourniture et l’installation du matériel devant fournir l’énergie
solaire ainsi que les mâts pour abriter les antennes. L’installation
effective se fera conjointement avec deux techniciens de l’ONATEL et deux
techniciens de CSDPTT qui assureront leur formation. La réalisation du
projet pour lequel nous espérons une subvention de la coopération
française est prévue à la fin de l’année.
Alain B. a en outre présenté CSDPTT et son projet a Monsieur Dupuy, chef
de la mission française de coopération à Ouagadougou qui a donné son
appui de principe.
Alain a par ailleurs rencontré les responsables l’UCODEP (Union des
comités de développement des peuples) correspondant de Peuples Solidaires
et les responsables d’Afrique Verte. Il leur a fait part de notre
volonté de travailler avec des ONG locales représentantes des populations
lors de projet à venir concernant l’installation de matériels de
téléphonie rurale à plus grande échelle. Ils ont souhaité poursuivre les
échanges d’information et de suggestions.
Concernant le village de Sérékéni Alain B. a reçu l’assurance que le
téléphone devrait y être installé avant fin 1999, les fonds ayant été
débloqués.
Concernant la Poste, Alain B. s’est trouvé au milieu d’un grave différent
qui opposent le nouveau directeur général de la SONAPOST et 3 cadres de
haut niveau démissionnaires dont l’un est par ailleurs responsable de la
MUTAPOST. Et ce, alors que nous avions récemment décidé de nous
rapprocher de la MUTAPOST comme association représentative du personnel.
Grâce à son sens de la négociation et de la diplomatie, Alain B. a pu
obtenir un accord cadre de travail et de partenariat avec la SONAPOST.
Dans l’immédiat un accord est intervenu pour que CSDPTT finance 4
bicyclettes pour des courriers cyclistes. Parallèlement les relations
avec la MUTAPOST se sont approfondies .
Alain B. a utilisé son temps libre pour apporter une aide de la part de
l’association " Enfants du Monde " aux orphelins de la ville de
Ouahigouya. Enfin à la demande d’agents de l’ONATEL, il a effectué une
étude pour créer un orphelinat dans un village du nom de Toessin,
particulièrement démuni.
Laurent Siré Kinta nous écrit
" Nous avons reçu une bonne nouvelle pour la réparation de notre route
par un commerçant de Sérékéni qui est un peu riche. Il a envoyé hier un
entrepreneur qui est venu faire un devis pour notre route Sérékéni-Tin
(environ 12 km)...
Je vous avais écrit pour vous dire aussi mon problème pour l’affaire des
moyens de déplacement, le moteur (comprendre mobylette). Le vélo est gâté
et le préfet de Djigouéra n’a pas voulu le réparer. Je fais tout avec mon
moteur, et vous-mêmes vous savez comme le moteur est vieux. Cela me
fatigue en coût et consomme beaucoup. Il me faut 4 litres aller -retours
Sérékéni-Orodara (où se trouve le bureau de poste) et l’essence à
Sérékéni est très chère 470FCFA le litre. 470F x 4 = 1880 FCFA par
semaine ce qui fait 7520 FCFA par mois alors que je touche 7000 CFA par
mois par la Poste pour ramasser le courrier. Cela ne me décourage pas. Je
veux une aide et un encouragement de votre association, un moteur pour
changer le mien...
Chaque semaine, je reçois au moins 3 télégrammes et deux mandats pour le
département. Je peux aussi poster dans la semaine 13 lettres, un
télégramme et des fois rien. Voilà ce que j’avais à vous dire pour le
moment ".
A la suite d’une proposition d’abonnement à notre Lettre, nous avons reçu
la réponse suivante que nous livrons au débat.
" Pour vous répondre franchement, je ne veux pas m’abonner parce je ne
suis pas d’accord avec le principe de vendre de l’information pour
financer les activités d’un organisme aussi charitable soit-il. Ces
pratiques vont à l’encontre de toutes logiques. Vous vous devez de faire
connaître vos actions et vos positions afin de faire avancer votre cause,
la vente de l’information limite nécessairement la diffusion et surtout
la reconnaissance sociale de votre organisme à un nombre restreint
d’individus qui connaissent déjà votre cause et qui contribueraient sans
doute déjà à soutenir votre organisme en donnant sous une autre forme. De
plus, la vente d’information sur le web va aussi à l’encontre de
l’idéologie du net qui s’appuie sur le principe de l’échange gratuite
d’information.
D’ailleurs c’est en s’appuyant sur ce principe de réciprocité qu’avec
quelques collègues étudiants nous avons fondé COMMposite une revue
scientifique en communication. Je vous ai effectivement expédié un
message au sujet du numéro 98.1 lancé sur le web au mois d’avril. Tous
les numéros de COMMposite sont disponibles en ligne gratuitement. La
conférence virtuelle sur "Le droit à communiquer et la communication des
droits" vient de prendre fin. L’équipe de COMMposite s’est associée à
Videazimut, ONG internationale basée à Montréal, pour présenter et
accueillir sur son site la conférence virtuelle trilingue qui s’est tenue
du 11 mai au 26 juin 1998. Les résumés de ces conférences
internationales sont toujours "en ligne" elles sauront sans doute vous
intéresser : "
http://commposite.uqam.ca/confvirt.htm
Maryse Rivard
Université du Québec à Montréal
Membre fondatrice de "COMMposite"
La revue des jeunes chercheurs en communication
Réponse : Nous sommes interpellés par vos remarques qui nous posent
question. Aussi comptons-nous mettre une partie des infos sur le web par
l’intermédiaire de notre site en construction.
Cela dit nous ne pouvons nous mettre dans la même optique que votre
association dont l’objectif est de créer une revue sur le net ce qui ne
coûte rien. Il reste que nous avons besoin d’argent et même si nous
sommes bénévoles, nos projets coûtent chers. Et puis notre abonnement est
vraiment peu onéreux. Enfin, sans rejeter a priori les subventions, nous
savons qu’elles créent de la dépendance et nous sommes jaloux de notre
indépendance.
B. J.
Nous publions ci-dessous une interview de Benoît Dumoulin coordinateur de
Globenet qui évoque l’Internet au service ses associations en France et
les problèmes de son développement en Afrique.
La Rédaction.
Q : Comment un ancien élève de l’INT, ingénieur avec une qualification
importante décide de se consacrer à la vie associative ?
R : La plupart des élèves ingénieurs dans le domaine des télécoms trouvent
assez facilement du travail notamment dans les bureaux d’étude. Quand je
suis rentré à l’INT, je connaissais très mal le monde des télécoms. On a
eu une approche théorique pendant les études sans vraiment pouvoir
rentrer dans les applications les usages des télécoms. Je me suis
intéressé à autre chose que les télécoms et notamment à la vie
associative avec la volonté de m’ouvrir sur ce qui se passait dans les
pays du sud et notamment en Afrique dans le cadre d’une association
d’élèves de l’école, Afrique Espoir qui a travaillé sur plusieurs projets
au Mali et au Burkina Faso. Ces séjours ont été très importants et je
n’imaginais pas de travailler au niveau professionnel uniquement sur un
domaine et sans implication claire et motivée de ce que je voulais faire.
A l’issue de mes études, j’ai assisté à l’émergence des NTIC (nouvelles
technologies de l’information et de la communication) et des associations
notamment en Angleterre commençaient à offrir à des associations qui
souhaitaient militer sur Internet de services. On était en 1985.
Quelques années plus tard, quelques associations en France ont compris
les enjeux de ces nouvelles technologies. Il y avait le CRID, WISE qui
travaille dans le domaine de l’environnement et du nucléaire et le CEDAL
centre d’étude sur le développement de l’Amérique Latine. Elles
souhaitaient un outil très pratique qui permette de communiquer à un prix
tout à fait compétitif dans des conditions de travail en réseau. Elles
ont mis en place un outil, Globenet, qui avait pour objectif alors de
fournir un service essentiellement de messagerie. Internet était alors
complètement confidentiel en France. Les premiers services furent offerts
sur des 286 avec des systèmes de type filonet ou novaterm. Ces systèmes
ont permis avec beaucoup de difficultés à certaines associations de
pouvoir utiliser ces technologies-là et de pouvoir communiquer avec
d’autres partenaires dans le monde anglo-saxon et en Amérique Latine. Ca
a été une période difficile au niveau technique. Les associations avaient
peu de moyens donc elles ont mis peu de moyens dans Globenet. Malgré tout
on a réussi en 95 à migrer tout le système sur un vrai serveur Internet
connecté au réseau mondial et donc permis une offre de services de la
même qualité qu’un fournisseur d’Internet classique commercial. En 95
Internet était encore peu développé en France. Alors aujourd’hui si on
fait le point, ce dont dispose Globenet c’est au niveau technique de
plusieurs serveurs permettant d’héberger des pages web de fournir un
accès à Internet de mettre à disposition des forums des news groups, et
toute une panoplie de services comme l’hébergement de bases de données,
des forums etc...Ce dont on s’est rendu compte c’est que très vite les
associations ont appris à se servir d’Internet et pour nous il s’agissait
de ne pas s’arrêter là. Nous avons donc décidé d’offrir un service de
proximité pour les associations. Ca passe par des conseils. Souvent des
gens passent ils veulent savoir comment connecter leurs partenaires en
Afrique, diminuer les coûts de transmission de l’information. Il y a tout
un accompagnement qui nous prend beaucoup de temps mais que l’on fait
avec passion. Il nous semble essentiel aujourd’hui de ne pas faire comme
un fournisseur classique qui pour 100FF offre un accès et ne pas
réfléchir que l’importance sur le type de contenu que l’on transmet par
Internet.
Q : Y a-t-il d’autres fournisseurs que Globenet ?
R : Il y a Mygale qui offre un accès un hébergement mais il n’y a pas
l’accompagnement. Il y a aussi altern qui met en ligne gratuitement de
l’information mais pas d’accompagnement. Dans le même type de projet il y
a le RAS, réseau associatif et syndical qui offre essentiellement un
accès au courrier électronique et n’offre pas pour l’instant un accès
complet à Internet. On n’est pas les seuls à réfléchir à faire de
l’Internet différemment, à faire ce qu’on appelle de l’Internet
associatif et solidaire qui peut être pour certains de l’Internet
citoyen. Il y a beaucoup d’associations qui émergent et qui se disent que
l’Internet c’est bien mais si ça reste aux mains de ceux qui ont les
moyens ce n’est pas très intéressant. Nous ce qu’on veut c’est que soit
véhiculée de l’information qui nous intéresse et que les gens l’utilisent
à bon escient.
Q : Vous avez une coordination entre vous ?
R : En fait on travaille ensemble sur certains projets. On a envie de
mettre en place un forum sur le thème Internet et association. On va être
présent à Hourtin près de Bordeaux fin août université d’été de la
communication. On aura un stand où on présentera tout ce que fait le
monde associatif. Des associations fournissent un accès, d’autres
travaillent sur l’animation de réseaux dans la logique des mouvements
d’échanges de savoir d’autres sur l’économie solidaire comme neuronexion
à Amiens. Ils veulent que ce monde des nouvelles technologies participe à
la création d’emplois. On travaille tous ensemble, on ne va pas créer de
fédération, car c’est un réseau très souple.
Q : Comment vit Globenet ?
R : Globenet c’est deux choses. La structure de base qui est l’outil
technique qui nous permet d’offrir ces services. Donc il y a des rentrées
d’argent sous forme de cotisations, une centaine d’associations payent un
abonnement. Il y a plusieurs types d’abonnements et donc de services.
Certains viennent pour mettre de l’information en ligne, il y en a
environ 40, d’autres viennent à Globenet pour avoir un accès au courrier.
Le tarif de base c’est 120FF par mois. Pour ça on a un courrier
électronique, on a 5 Mégaoctets de pages web, l’accès aux newsgroupes, la
participation au village des associations. D’autres associations ne
participent qu’à des services comme la base documentaire horizon local où
les associations qui produisent de l’information peuvent mettre en ligne
des documents. Il y en a 25 comme ça. Tu prends une association qui a son
petit bulletin tous les mois diffusés au niveau de ses membres. Souvent,
il y a un article intéressant. On s’est dit tiens si on pouvait mettre ça
sur une base documentaire, on pourrait valoriser ce contenu. Et Internet
justement avec sa fonction d’archivage permet de collecter toute cette
information que nous on estime très riche et de la faire circuler. Eux
payent une cotisation annuelle de 600FF par an avec tout le travail de
mise en ligne. Celles qui ont un accès à Globenet sont au nombre de 80 et
dans ces 80, 40 ou 35 ont un site web.
Q : Combien de salariés ?
R : On a 3 salariés, plus un à mi-temps. Je suis le coordinateur, il y
quelqu’un chargé de projets et quelqu’un qui est censé faire plus de
l’administratif mais en fait on est tous plus ou moins polyvalents. Celui
qui est à mi-temps est informaticien. Derrière tout ça il y a des
bénévoles. Il y a 4 bénévoles des vrais bénévoles qui quotidiennement
surveillent le serveur et améliorent le système. On travaille
exclusivement avec des outils freeware, de type LINUX c’est-à-dire
opensource. C’est la grande bataille microsoft-linux. Nous avec le peu de
moyens qu’on a, on travaille uniquement avec des logiciels gratuits. Le
serveur tourne sur linux, on installe les logiciels qu’on peut récupérer
sur le web gratuitement c’est très important tout ça. La maintenance du
serveur en grande partie est assurée par des bénévoles qui sont très
compétents. Ce sont des ingénieurs systèmes qui font ça en tant que
bénévoles en plus de leurs boulots.
Q : Vous touchez des subventions ?
R : On ne touche pas de subvention directement. En dehors de toute
l’activité serveur, qui est pour nous la couche basse de Globenet, on est
amené à travailler sur des projets.
Q : Vous touchez des subventions sur des projets ?
R : Ce ne sont pas des subventions. On nous demande est ce que vous
pourriez faire une étude sur la façon dont on peut transférer du son sur
Internet par exemple pour faire l’archivage de la tradition orale
africaine. L’organisme suisse qui nous a fait cette commande nous
rémunère pour cette étude-là. Dans cette même logique, on fait de la
formation ici en France ou en Afrique. Par exemple, il y a quelqu’un de
notre équipe qui va partir une semaine au Niger pour former des gens de
radios rurales au gravage de CD audio. C’est ça qui fait qu’on peut se
payer une équipe de plus de 3 personnes. On met aussi à disposition nos
ressources pour la gestion de certains serveurs comme celui de la
Fondation pour le Progrès de l’Homme. On faut du Conseil également..
Q : C’est quand même une société..
R : C’est pas une société, c’est une association..
Q : Vous ne pouvez pas vivre uniquement avec les abonnements.
R ; Si on fait le calcul avec les abonnements on ne paye que notre ligne
spécialisée et on finance un peu d’administratif. Ca nous permet d’avoir
de temps en temps un stagiaire aussi. Il faut reconnaître que même les
fournisseurs d’accès commerciaux perdent de l’argent sur leur service.
Ils sont dans une logique d’investissement. Pour Globenet, on a les mêmes
contraintes. On a choisi de travailler pour le secteur associatif.
Q : Vous pourriez par exemple avoir une subvention de la francophonie.
R : Ca ne nous intéresse pas d’avoir une subvention parce que la crainte
qu’on a c’est de devenir dépendant. Ce qu’on veut c’est jouer un rôle de
prestataire de service. Il y a des associations qui ont besoin, qui ont
les moyens de se payer un site web. A ce moment-là Globenet va fabriquer
le site web. On va nous payer pour le faire. On va consacrer une journée
par semaine à gérer l’association à répondre au téléphone pour les gens
qui ont des difficultés pour se connecter à accompagner les associations.
Les 4 autres jours de la semaine on va créer les sites web de
l’association. On crée les sites web, ça fait partie des services qu’on
peut offrir.
Q : Actuellement quelle est la santé de Globenet ?
R : Disons que les difficultés existent.
Q : Vous êtes bien payés, on peut savoir combien ?
R : Ce sont des salaires d’ingénieur débutants. On fait plus que nos 39
heures, c’est clair, on le fait avec bonne volonté. On est à peu près
équilibré.
Q : Pour résumer faire en sorte qu’il existe des présences fortes qui ne
soient pas uniquement commerciales, faire vivre l’esprit de gratuité et
d’échange plutôt que de faire d’Internet un support commercial de plus.
R : L’idée c’est de le faire au delà des discours. Il y a énormément
d’associations qui se sont créées autour de l’idée de créer un espace
citoyen sur Internet mais nous nous ne faisons pas confiance à ce qu’on
appelle des vendeurs de vent qui sont là finalement pour récolter de
l’argent de subvention puisque finalement Internet c’est à la mode
Q : Votre originalité c’est de travailler sans subvention.
R : Ce n’est pas de travailler sans subvention c’est de travailler. Nous
on a un serveur qui tourne 24 heures sur 24, il y a des gens qui se
connectent, qui surfent sur Internet sur nos pages html. Tout ça c’est du
concret. Ce qu’on veut c’est offrir un service de qualité qui soit au
moins comparable aux services commerciaux. Sur certains aspects on fait
moins bien. Sur d’autres on fait beaucoup mieux. Le débit est un peu
inférieur, l’accompagnement, le fait qu’on se déplace dans les
associations pour les former qu’on fait ça en général gratuitement c’est
très important pour une association c’est comme ça que les associations
apprennent.
Q : Vous avez prévu un système de don quand même ?
R : Non pas de don. Les associations sont compréhensives elles sont au
courant des budgets.
Q : J’ai vu le site anaïs. Ca veut dire quoi.
R : African network for african information strategies. Ce projet est un
projet de la fondation du devenir et Globenet est partenaire de ce projet
et surtout en quelque sorte un prestataire de service sur un certain
nombre de tâches qui sont la formation de personnes en Afrique membres du
réseau, un certain nombre de conseils et un appui au montage de projets,
la création d’un site web et l’hébergement du site web et réseau anaïs.
Nous à Globenet on n’a pas défini en tant que tel le projet. C’est la
fondation du devenir qui est en quelque sorte maître d’ uvre de ce
projet-là.
Q : Quels sont les objectifs de anaïs ?
R : Les objectifs d’anaïs c’est de créer une plate-forme qui permette de
faire remonter de l’information sur tout ce qui se passe au niveau des
NTIC sur le continent africain. Dans chaque pays, un correspondant membre
de l’association anaïs local conseille au niveau du pays pour les gens
qui ont besoin d’utiliser Internet. Le constat étant que si on n’a pas
une ressource au niveau local la volonté qu’Internet soit un outil pour
le développement exactement de la même façon que pour Globenet risque
d’être dévié vers des fins beaucoup plus commercial et donc de ne
profiter qu’à l’élite africaine. La fondation du devenir n’est pas la
seule à avoir émis ce type d’idées là, il y a énormément de programmes
qui réfléchissent à la mise à disposition de ces outils plutôt pour le
développement que pour des fins commerciales mais la volonté de la
fondation du devenir c’est vraiment d’accompagner les demandes de projet,
les demandes des acteurs locaux avec cet accompagnement humain que nous
on peut avoir à Globenet. Très concrètement comment ça va se passer. Il y
a des correspondants dans des pays, Mali, Burkina Faso, Sénégal, Côte
d’Ivoire, Ghana et Bénin, pour commencer.
Q : C’est quoi la fondation du devenir ?.
R : C’est une fondation suisse qui travaille sur toutes les grandes
mutations de cette fin de siècle, environnement , développement durable,
NTIC.
Q : La rencontre entre la Fondation et Globenet elle s’est faite
comment ?
R : Elle s’est faite rapidement. Le réseau anaïs résulte d’une rencontre
qui a eu lieu à Genève. Donc le réseau s’est monté. Il a pour tâche de
former les correspondants aux outils qui doivent permettre de faire
remonter des informations, de rendre compte des expériences importantes
dans d’autres pays utiles pour l’Afrique quant à l’utilisation
d’Internet. Il a aussi pour tâche d’animer le site web. C’est aux
correspondants de faire remonter les informations. Enfin de mettre des
outils en place, une base de données pour faire remonter les projets et
rechercher les personnes ressources. Le site est hébergé par Globenet. On
a aussi des activités de bureau d’études, on travaille pour intermédia.
Trouver une solution pour archiver la tradition orale. On peut donc
recevoir indirectement des fonds de la francophonie mais pas comme
subventions directes. On travaille aussi pour COLE ACP. C’est un
organisme qui a pour but de regrouper les importateurs et exportateurs de
produits horticoles en provenance des pays ACP. C’est tout un dispositif
qui a pour but d’échanger de l’information de différents niveaux, les
cours des produits, le droit, les systèmes de douanes. Tout ce qui
pourrait améliorer le système d’échanges de marchandise sur le plan
horticole. Ils fonctionnaient essentiellement avec des outils
traditionnels qui coûtaient extrêmement cher, envoyer un fax, téléphoner
10 minutes au Cameroun pour savoir le cours du haricot vert à Rungis
c’est très cher. Donc ils nous ont demandé de faire une étude pour mettre
en place un système assez simple qui permette de faire transiter
l’information par Internet.
Q : C’est typiquement une activité d’un bureau d’études.
R : Oui il y a une partie de nos activités qui suit dans cette
logique-là. Ca nous permet d’avoir 3 personnes et demie à travailler
là-dessus.
Q : Avec les infos éparses qu’on reçoit, l’impression que j’ai c’est que
ce qu’il faut c’est diminuer les coûts de connexion Le plus efficace ne
serait-il pas de former des gens à l’intérieur des opérateurs qui soient
indépendants dans la manipulation d’Internet aussi bien dans la création
d’infrastructure. Soit ils sont aidés par la Banque mondiale,
l’initiative Leyland. Ils reçoivent de l’aide et ont en retour des
contraintes comme permettre l’accès à des opérateurs privés soit alors au
Burkina Faso ils ont l’aide du PNUD mais la contrainte la plus importante
semble être celle du prix. Le plus efficace n’est-ce pas de diminuer les
coûts d’accès ?
R : Beaucoup de projets travaillent dans ce sens-là. Il y a un choix à
faire : soit laisser le développement d’Internet aux opérateurs publics,
c’est ce qui se passe au Burkina, soit on considère que des petites
entreprises peuvent être suffisamment compétentes et peuvent disposer
d’un marché suffisamment important pour pouvoir vivre avec ce domaine des
NTIC. Il y a deux approches, l’approche américaine, la seconde et l’autre
celle de l’opérateur public. Maintenant le constat que je fais, c’est que
Internet c’est très peu de gens en Afrique. La barrière ce n’est pas
celle du coût. La barrière c’est tout simple c’est qu’il faut d’abord
s’approprier l’informatique c’est une histoire de 4 ou 5 ans. Au Rwanda,
il n’y a pas un seul ordinateur dans les ministères de l’éducation ou de
la santé. Au Burkina la maîtrise de l’informatique est très très faible.
C’est un processus beaucoup plus lent que ça et ce n’est pas l’argent
public des bailleurs de fonds qui changera quoi que ce soit à la donne.
On a beau multiplier les projets de télécentres à Tombouctou comme le
fait la FAO avec la volonté de développer la télémédecine ça ne changera
rien aux problèmes des destinataires potentiels d’Internet. Pourquoi, par
ce qu’ils ont d’autres besoins à l’heure actuelle qu’Internet.
Q : Ici, on a des accès à 90FF par mois le moins cher en Afrique il est
plus cher que ça. Au Burkina ce chiffre officiel est de 3500, le
potentiel est beaucoup plus important que ça. Il y des associations très
dynamiques en Afrique est ce que le plus efficace ce n’est pas de les
aider financièrement à avoir des accès et d’aider les pays à diminuer les
coûts d’accès. Au Burkina l’accès est de 14000 FCFA c’est pas tellement
moins cher au Sénégal.
R : Si c’est de 8000 FCFA. Mais il faut que les fournisseurs puissent
vivre. Pour amortir un service de qualité il faut un tarif assez
important.
Q : En général, on remet en cause l’Etat parce qu’il est subventionné si
c’est pour subventionner les entreprises privées, on tourne en rond. Ma
question c’est pas ça. Si on veut être efficace...
R : Qui faut-il subventionner ?
Q : Est-ce que des associations comme celle-là, leur rôle n’est-il pas au
début non pas de subventionner les opérateurs, car je pense qu’ils
pourraient diminuer leurs coûts mais en les aidant un petit peu vous avez
des qualifications, vous avez des services moins chers que n’importe
quelle entreprise qui se pointe et qui dit je vais vous faire votre accès
Internet et deuxièmement aider les associations à se connecter. Je vois
bien par exemple qu’ENDA fait des efforts pour connecter des associations
notamment en province.
R : On peut imaginer un système comme ça, mais je pense que les gens sont
prêts à payer s’ils voient un intérêt.
Q : Ils paieront mais moins cher que ça.
R : Ils paieront moins cher que ça mais les prix vont chuter. Il faut
savoir qu’il y a des paradoxes énormes sur Internet en Afrique. Par
exemple, il y a des fournisseurs d’accès qui sont largement mieux équipés
que Globenet. En Guinée, le principal fournisseur d’accès dispose d’un
Sun. Un Sun c’est un serveur qui coûte 10 fois le prix du serveur de
Globenet.
Q : Qui a payé ?
R : C’est justement une question qu’il faut se poser. En Guinée je sais
pas. Ca peut être des investissements extérieurs. Au Mali, le principal
fournisseur d’accès malinet est alimenté par la société mère qui se
trouve ici à Paris.
Q : Je suis moi-même abonné à liste de discussion malinet, je suis en
partie déçu parce que c’est alimenté ne serait-ce que dans le débat par
les maliens de l’extérieur ? Ceux de l’intérieur interviennent très peu
simplement je crois parce qu’il faut payer les temps de connexion.
R : Peut-être mais il y des gens qui sont connectés et qui ne payent pas
leur abonnement dans les organismes gouvernementaux. Mais envoyer un mail
ça ne coûte pas très cher. Pourquoi ou bien ils ne trouvent pas leur
compte dans les débats, la principale raison c’est que le phénomène liste
de discussion forum c’est nouveau. Au niveau de notre association on se
rend compte que les gens utilisent essentiellement le courrier
électronique. Sur une liste de discussion c’est plus difficile.
Q : C’est peut-être aussi que les maliens de l’intérieur si c’est pour
discuter de la situation intérieure ils peuvent le faire tous les jours
autour d’eux.
R : Il y a cet aspect-là mais je pense que discuter ou surfer sur
Internet ça ne s’improvise pas. Nous avons beaucoup de gens qui viennent
nous voir ne nous disant que surfer sur Internet ça ne sert à rien, On ne
trouve rien.
Q : A ton avis il ne faut pas surestimer la rapidité du développement
d’Internet en Afrique et c’est pas la peine d’accélérer les choses de
façon artificielle.
R : Si on calculait en dehors de l’Afrique du sud, l’ensemble des
subventions sur les NTIC en Afrique, proposés par les bailleurs de dons,
la francophonie, Infodev, l’initiative Leyland, on divise par le nombre
d’utilisateurs actuels, c’est largement plus que le coût d’un abonnement
par mois.
Q : Donc il ferait mieux de payer un abonnement par mois.
R : Ca serait peut-être une solution...
Q : Ton opinion par rapport à Internet en Afrique ?
R : Je suis assez consterné par la quantité de financements qu’il y a sur
ce sujet-là et par le gaspillage qu’on risque d’observer dans quelques
années. Et ce que je voudrais dire c’est qu’à partir du moment où il y
des financements, à la fois au nord et au sud, il y a une compétition
pour les obtenir qui dépasse souvent l’intérêt de monter un projet
intéressant. Aujourd’hui le constat qu’on fait nous à Globenet c’est que
c’est un phénomène à la mode. Les organismes qui travaillent dans le
monde de la coopération commencent à se spécialiser et sans du tout
maîtriser le sujet et les ambitions qu’il peuvent avoir par rapport à des
projets Internet. En fait on est davantage dans une logique politique.
L’idée, c’est on va occuper le terrain, on va mettre de la francophonie
sur Internet, on va favoriser tel ou tel pays. C’est à nous de tirer la
ligne pour tel pays en premier sans tenir compte finalement des vrais
besoins dans le pays.