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Lettre de Janvier 1998
Janvier
jeudi 1er janvier 1998
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La Lettre de JANVIER 1998
No : 27
Sommaire :
-Editorial : En avant pour 1998 ! (en ligne)
-Thierry est de retour d’une mission au Burkina (en ligne)
-Courrier (en ligne)
-Telecel investit au Congo
-Sénégal : bilan de l’OPV de la SONATEL.
-L’Arabie Saoudite veut privatiser ses télécom.
-Réforme des PTT à Djibouti
-En bref Telkom d’Afrique du Sud, Inmarsat, Skybridge, Maroc,
Cameroun, Tunisie
-Les tisserands africains de la toile mondiale (en ligne)
Editorial
En avant pour 1998 !
Notre lettre continue, vaille que vaille. Nous sommes cependant
loin
d’avoir atteint nos objectifs. Nous rendons compte à peu près
de
l’évolution du paysage des télécommunications en Afrique. Par
contre,
nous aimerions pouvoir mieux rapporter des initiatives en
provenance
de la société civile pour faire des télécommunications et de
la poste
un outil de communication au service des populations.
Certes notre Lettre à un rayonnement limité, mais ce n’est pas
la
seule raison de nos difficultés. Nous nous sommes fait
connaître, via
Internet, dans des lieux où nous pensions pouvoir trouver des
initiatives allant dans le même sens que les nôtres, mais nous
n’y
avons guère rencontré d’échos. Par contre les associations ou
les
individus oeuvrant au développement d’Internet en Afrique sont
légions, on ne peut que s’en réjouir, mais peu s’intéressent
à
l’extension du réseau téléphonique sans lequel pourtant pas
d’Internet.
Un à un les opérateurs africains sont vendus par petit bout à
des
opérateurs étrangers qui d’ailleurs bénéficient souvent du
monopole
pour quelques années. On ne peut d’ailleurs parler, pour ces
pays, de
choix, car il ne s’agit que de satisfaire aux injonctions de la
Banque
mondiale ou du FMI. Dans ce cas, l’extension du réseau n’est
envisagée
que du seul point de vue de la rentabilité. Notre solitude
apparente
ne nous donne que plus de responsabilité : agir et informer
toujours
mieux. Nous nous y emploierons encore cette année.
La rédaction
Thierry est de retour d’une mission au Burkina.
Thierry est rentré satisfait mais un peu fatigué. Il a pu
remplir
l’essentiel de sa mission.
A l’ONATEL (Office National des télécommunications), il a pu
discuter
avec le directeur des études et le directeur de la production
qui lui
ont fait part de leur disponibilité proposant 3 autres villages
en
plus de NIMINA, ajoutant qu’il ne devrait guère y avoir de
problèmes
techniques. Pour le téléphone à Sérékéni, le retard serait
dû à la CFD
(Caisse Française de Développement) qui a donné son accord
pour
réaliser le projet mais tarde à signer. Aux dernières
nouvelles, elle
souhaiterait au préalable faire réaliser une étude par un
Ingénieur
Consultant pour connaître la rentabilité de l’opération.
L’ONATEL
quant à elle a depuis longtemps réalisé les études
techniques.
Thierry est passé à Sérékéni rendre compte de ces dernières
nouvelles.
Les villageois lui ont fait part de leur impatience et le leur
déception.
A L’ONP, l’Office National des Postes, Thierry a pu rencontrer le
l’adjoint au directeur par intérim des études et de la
planification.
Les modalités de soutien aux courriers cyclistes ont
changé. L’ONP ne
finance plus les vélos mais paye une indemnité aux villageois
volontaires. L’ONP doit nous faire part de ses besoins afin que
nous
puissions décider de la destination de la somme que nous avions
prévu
pour financer des courriers cyclistes.
Les responsables de la Poste ont par ailleurs fait part de
véritables
besoins en micro-informatique, notamment pour les secrétariats.
Thierry a part ailleurs été invité par les dirigeants de la
mutuelle
postale qui lui ont fait part de leur disponibilité à être les
correspondants de CSDPTT.
Thierry s’est par ailleurs entretenu avec le directeur adjoint de
la
SOLTELMA.
Un compte rendu détaillé en cours de rédaction sera diffusé
à tous les
adhérents d’ici quelques jours.
Courrier : Dans l’éditorial du numéro
précédent, nous écrivions en
parlant de notre association : « Après des débuts pleins
d’espoir en
1988, il nous avait fallu vite revenir à la réalité. A part
des
paroles paternalistes, ni la coopération ni les PTT n’avaient
vraiment
manifesté de soutien ».
Un de nos lecteurs qui a travaillé à la coopération a
souhaité réagir.
Il nous a écrit : « Vous exagérez quelque peu. N’oubliez pas
que la
coopération a quand même financé en partie un réseau rural à
Fana au
Mali ce qui était tout à fait exceptionnel s’adressant à un
secteur
réputé « riche » (et qui l’est réellement). Bon succès
toutefois à
CSDPTT pour 98 et à une prochaine fois ». J. P. N.
Il s’agit du projet de nos amis de RTSF à Tours. Nous souhaitons
qu’ils nous en fassent eux-même le récit. Toujours est-il que,
la
subvention a été extrêmement longue à obtenir.
Nous avons d’autre part reçu les voeux du président de RTSF :
« Que
cette nouvelle année nous permette d’avancer, au moins chacun de
notre
côté, si nous avons du mal à le faire ensemble ». RTSF
(Réseau Telecom
sans frontières) a jusqu’ici refusé nos propositions de
collaboration.
Les tisserands africains de la toile mondiale..
« Échangerai tambour à fente (1) contre carte modem,
pour cause
d’installation dans le Village Planétaire... » : a priori,
les
antiquaires, les conservateurs de musées, et autres voleurs
d’ombres,
pourraient se réjouir de l’engouement actuel de l’Afrique Noire
pour
les NT de la communication. Depuis un certain temps, la
verroterie et
les colifichets ne faisaient plus recette pour obtenir les
richesses
du berceau de l’humanité. En désespoir de cause, et pour être
utile à
son prochain, l’Occident eut la bonne idée du commerce des
armes, à
travers des frontières qu’il avait lui-même opportunément
dessinées.
Le résultat fait le bonheur de nombreux corps de métiers, sans
risque
de balle perdue à Bruxelles, Londres, Paris ou Zurich, et avec
des
détails pittoresques intéressant le Boulevard du Crime où
s’informe
l’homme moderne.
La guerre n’est pas imaginable sans le repos du guerrier (2).
Pour ce
faire, le Nord distribue à l’humanité souffrante du manque de
coca et
de télé, les accessoires indispensables et salvateurs. A cet
égard, on
ne peut qu’être admiratif de la société française qui avait
réussi à
vendre une chasse-neige à l’État Zaïrois, dont la prévoyance
avait
atteint des sommets hélas ! trop rares.
Mais...mais parmi toutes ces merveilles, l’Internet vint, à pas
de
jaguar. Depuis Socrate (au moins) l’Europe de la connaissance se
confronte à l’Europe du pouvoir, même si leurs alliances sont
inévitables. C’est une dynamique assez originale, dont les
fondements
de l’Internet rendent bien compte : réseau né d’un projet
militaire,
devenu lieu d’échanges et de partage pour les chercheurs,
ouvert,
animé et enrichi par des bénévoles, dans un esprit
démocratique, il
tend à devenir aussi un vecteur commercial. La triade de Georges
Dumézil est en ligne !
Quand les fils de Socrate et de Voltaire détournent la logique
orgueilleuse du monde industriel, tous les espoirs sont permis.
Le
marché envahissant de l’informatique et des télécommunications
n’est
pas un mercantilisme hégémonique de plus : il a et aura des
conséquences incontrôlables - le Web, pure création de la
Métis au
sens grec, est aussi un piège réjouissant.
La révolution de l’Internet est bien là : tandis que le Grand
Bazar
Occidental cherche à vendre aux terriens ses boites multimédia
et ses
tuyaux électroniques, la majorité silencieuse des hommes -qui
est une
réunion de minorité opprimées - saisit enfin les vrais outils
d’une
revanche sur l’histoire.
Ainsi, en Afrique Noire, les artisans de la Toile se sont mis à
l’ouvrage, malgré d’énormes difficultés. Sans rentrer
dans les
détails, il faut savoir que le manque de matériel informatique
et le
défaut de liaisons téléphoniques (1 téléphone pour 100
personnes très
grosso et très modo : 1 pour 1000 au Mali, par exemple) sont
tels
qu’il n’est pas possible d’espérer une " mise à niveau
" avant 2010,
selon l’expert sud-africain Mike Jensen. Néanmoins, sur les 54
nations
du continent, 44 pays ont, fin 97, un accès complet à
l’Internet dans
leurs capitales respectives, contre moins de la moitié voici 2
ans (3).
Les cultures Noires sont d’une richesse extraordinaires, et ce
qui
nous en est parvenu a été généralement filtré par toutes
sortes
d’intermédiaires plus ou moins brillants. Grâce au Net, le bon
vieux
temps du
"si-tu-as-de-la-chance-je-vais-parler-de-toi-parce-que-je-te-connais-
mieux-que-toi-même" est enfin révolu !
Les créateurs africains montent en ligne et en lisse, avec des
Mega-octets d’idées, de poésies, d’images et de sons.
Ceux qui suivent notre fil conducteur ne seront pas étonnés
qu’Oumou
Sy, couturière, costumière et styliste sénégalaise (on voit
son
travail dans le film de B. Giraudeau " Les Caprices d’un
Fleuve "),
soit la fondatrice du MÉTISSACANA de Dakar, premier cybercafé
de
l’Afrique de l’Ouest. Le rapport entre le World Wide Web et le
tissu,
la toile, n’est pas un jeu sémantique : une symbolique très
ancienne
lie le fil à la parole, où excelle le Monde Noir. Oumou ne sait
et ne
saura jamais ni lire ni écrire, pour respecter la volonté de
son père
qui refusait de l’envoyer à l’école, mais elle veut et elle
sait
communiquer avec le monde entier : Internet est maintenant son
outil
de travail : " on me lit mes message 3 fois par jours, et je
dicte les
réponses. J’ai des contacts partout, et même des commandes. En
Afrique, si tu ne sais pas faire quelque chose, tu trouves
quelqu’un
pour te rendre service : c’est notre richesse " ; "
J’ai justement
voulu que le MÉTISSACANA soit ouvert à tous, les jeunes, les
vieux,
les lettrés, les illettrés ". Oumou Sy, tout en douceur,
s’exprime
avec passion, elle déborde de projets : " on est
parti dans les
villages faire des démonstrations au clair de lune ; les paysans
nous
posaient des questions vraiment précises ! Quand une chose est à
côté
de toi, tu le négliges, si elle est loin de toi, tu veux tout
savoir.
Notre espoir ce sont les enfants. Et les enfants amèneront leurs
parents ". Pour l’heure, elle est tout occupée à
compléter son site
personnel (4), en faisant scanner toutes ses créations, et à
préparer
l’ouverture d’une école artistique aux ateliers modernes et
traditionnels. Son plus grand plaisir a été de découvrir son
nom sur
plusieurs sites Internet, alors qu’elle traversait une période
difficile lors de la création de son cybercafé : " quand
j’ai vu ça,
ça m’a donné plus de courage !".
Passer de la toile à la Toile est un acte logique et capital
pour un
artiste moderne, mais relativement peu de créateurs du Nord sont
présents sur le Web, et encore moins conçoivent eux-mêmes
leurs
propres pages. La figure exemplaire de Cheick Abdel Kader Sow,
peintre
et sculpteur malien de 33 ans, prend donc une grande valeur
symbolique
: depuis une année, il est devenu le graphiste de MALINET,
serveur
installé à Bamako, éditant un site à qui il donne toute la
force
expressive de sa culture, toutes les couleurs de son pays (5).
Avec
une toute petite équipe, MALINET offre aux internautes maliens
un
service d’accès complet, et beaucoup d’informations en ligne
mises en
valeur par CAK Sow, qui souhaite lui aussi " que ce génial
outil
d’échange soit mis à la portée des plus démunis ", et
qui regrette par
ailleurs qu’il y ait " trop d’anglais dans (son) travail
". L’artiste
a évidemment créé une page où il présente ses oeuvres,
" dans l’espoir
qu’un amateur du bout du monde s’intéresse à son travail et lui
achète
des peintures ", dit-il sans détour. Car la conquête du
Net pour les
artistes est celle de la liberté de se passer de l’infâme
marché de
l’art contemporain, et singulièrement du dictât des "
spécialistes
Blancs " pour les vrais créateurs africains (6), artistes
qui vendent
difficilement leurs oeuvres à leurs compatriotes. Les peintures,
les
collages de sable de CAK Sow enchantent nos yeux sur
http:///www.malinet.ml/caksow/
Après des années d’une singularité plus que douteuse,
L’Afrique du Sud
pluri-éthnique déploie aujourd’hui ses liens et ses noeuds (7)
avec
bonheur : après avoir donné le pire exemple, elle donne
maintenant le
meilleur par la richesse de ses réseaux et de ses sites.
Le fil de la Toile nous conduit à celui de la parole : il
ne faut pas
rater le site des poètes aux pied nus : BAREFOOT PRESS, qui
chatouille
les nôtres jusqu’à l’hilarité (7). Roy Blumenthal, footmaster
dudit
lieu, nous invite à mettre les pieds dans son Web, ce qui
entraîne
l’apparition d’immortelles odes anatomiques et vestimentaires :
"
Mets-moi des chaussettes (c’est le titre) : Ramène-moi à la
maison
avec mon short de boxeur /Tous mes orteils ont travaillé dur/Tu
es ma
chérie, ma douce amie/Couvre mes pieds à la nudité honteuse
(c’est le
poème) ". D’emblée, R. Blumenthal nous invite à jouer
avec " Madame
Pedmont, poétesse automatique ", afin de recevoir " un
grand message
du pied (qui est comme un massage du pied, mais en plus
profond)". A
l’origine, BAREFOOT PRESS est une association qui distribue
gratuitement des pamphlets poétiques d’auteurs Sud-Africains,
imprimés
sur papier recyclé : de quoi rafraîchir nos idées sur ce pays.
Dans un autre genre, la culture Zoulou enfile ses perles sur
http://minotaur.marques.co.za/clients/zulu/
(8). La page " Eloquent
Elegance " nous explique le langage des bracelets, colliers,
pendentifs, de perles fines et multicolores réalisées par les
artistes
Zoulou. Grâce à ce site très culturel et très clair, nous
devenons
incollables sur les sentiments ou le statut des femmes de
cette
ethnie, ce qui nous permettra d’éviter toutes sortes de
maladresses
lors de notre prochain voyage en Afrique du Sud. On trouve
aussi à
cette bonne adresse des renseignements sur la " Zulu Nation
", qui
participe ainsi à la " Révolution du Net " pour une
meilleure
connaissance et compréhension réciproque des hommes.
Pour terminer ce trop rapide tour d’horizon africain, n’oublions
pas
la musique, avec l’exemple original du site Hip-Hop panafricain
RUMBA-KALI (9), très jeune, très dynamique, et très très
informé sur
les groupes du continent Noir.
Alors, au terme de ce voyage dans les mailles les plus tropicales
du
réseau des réseaux, nous liront peut-être qu’un jeune africain
ouvert
au monde "échangerait son tambour à fente contre une carte
modem",
mais nous saurons que cette fois-ci il ne vendra pas son âme, et
que
la mélodie fraternelle du tambour résonnera cette fois-ci bien
loin de
son village, et jusqu’à nos oreilles glacées par l’hivers.
Internet
est aussi un bon conducteur de la chaleur humaine.
Christian Lavigne, Paris et Dakar, Décembre 97. <a
href="mailto:sculpt97@worldnet.fr">sculpt97@worldnet.fr
(1) Le tambour à fente est creusé longitudinalement dans un
segment de
tronc d’arbre, avec une simple fente pour ouverture. Disposé
horizontalement, frappé par un spécialiste de l’encodage
verbal, il
sert à l’échange de messages entre villages.
(2) On notera à ce sujet qu’on évoque jamais le repos du
pacifiste, ce
qui est injuste car sa nage à contre-courant est nettement plus
fatigante.
(3) Voir l’excellant travail de M . Jensen au <a
href="http://www3.wn.apc.org">http://www3.wn.apc.org
:80/africa/
(4) http://www.metissacana.sn/oumousy/
(5) http://www.malinet.ml/
(6) on ne parle évidemment pas ici des valets du goût
touristique.
(7) termes techniques désignant des adresses internet (liens) et
des
systèmes de connexion et de routage (noeuds).
(8) http://www.pix.za/barefoot.press/
(8) Le Minautore est au centre du Labyrinthe que parcours
Thésée
tenant le fil d’Ariane. On ne sort pas de la thématique profonde
du
Web.
(9) <a
href="http://www.geocities.com/BourbonStreet/6393/Rumba-Kali.html">http://www.geocities.com/BourbonStreet/6393/Rumba-Kali.html